"L'école avant et pendant la guerre."

Publié le 19 Mars 2013

Nicole Berthelot était une des meilleures amies de ma sœur, partageant les mêmes écoles de la Maternelle à l'école Normale. Elle a disparu en 2009. C'est grâce à une grande amie à elle que ce texte m'est parvenu.

Nicole n'a pas seulement été élève dans cette école, elle y est revenue plus tard comme institutrice. Mais ceci est une autre histoire ...

Mon parcours scolaire

Ce texte a été trouvé dans le secrétaire de Nicole. Il s'adresse à sa camarade de classe Danielle Letenneur-Maes[1] qui souhaitait confronter ses souvenirs avec ceux de Nicole au moment d'écrire ses propres souvenirs dans un livre intitulé "Mayotaine", paru en 1997 aux Editions "Drôle de Bobine".

Pâques 1938

Mes parents me mettent à l'école maternelle rue Balard. Une photo prise dans la cour de l'école prouve que tu y es aussi. La maîtresse, une dame corpulente et assez âgée devait avoir un nom d'oiseau (?).

Je me souviens des encres de couleurs avec lesquelles on nous faisait écrire… et de l'encre jaune ! Il y avait une classe voisine fermée et j'aurais beaucoup voulu faire partie des élus que l'on envoyait y porter des choses. Je me souviens d'une fête pour laquelle on avait fait des fleurs en papier et aussi (sans doute vers Noël) d'avoir participé à une chanson mimée "Les épouseux du Berry".

Des contacts avec les autres enfants, je n'ai aucun souvenir. L'éducation que ma mère m'avait donné tendait à me maintenir en marge. On ne se lie avec personne… on ne demande rien à personne !

Octobre 38 - juillet 39

Je suis au CP rue Balard. La maîtresse s'appelle Mme Parsi et elle a une fille qui s'appelle Blanche, nom autrement "noble" que Nicole ! Quand elle gronde ma voisine de table, une petite blonde qui habite rue Vasco de Gama (nom de rue aussi beaucoup plus distingué que rue des Bergers), c'est moi qui pleure. Par parenthèse, j'ai beaucoup pleuré dans ma jeunesse (et même après !).

Un jour, Mme Parsi m'a fait enlever mon tablier pour regarder la robe rouge que ma grand-mère m'avait tricotée. J'ai eu aussi honte que si elle m'avait mise toute nue. Pas grands souvenirs autres… je suis souvent malade, sans doute des maladies infantiles m'assaillaient-elles, avec chaque fois trois semaines d'éviction scolaire dont je revenais assez déphasée.

1939 - 40

La guerre me surprend alors que je suis chez mes grands parents à La Prune. J'y reste pour une année, sans doute la plus heureuse de mon enfance. Mais je vais très peu à l'école des Granges.

Octobre 40

Nous nous retrouvons ensemble rue Balard en CE1. La maîtresse s'appelle Mme Bataillard. Tout un programme ! C'est sans doute là que naissent "nos histoires". Nous nous partageons les places de 2e et de 3e (parfois ex-æquo). La 1ère est Claude Joly, indéracinable. Nous sommes au 1er rang, tout près de Mme Bataillard qui bataille, et tu imagines que nous serions mieux avec une "petite maison munie de fenêtres où nous tirerions les rideaux quand ça va trop mal". Je n'ai pas oublié Renée Batias qui recevait sa fessée journalière.

Octobre 41

Nous sautons le CE2 et nous nous retrouvons en CM1 avec Mme Martinetti. J'écris si mal qu'elle arrache les pages de mon cahier (elle pourrait continuer !).

C'est l'époque où Pétain impose le catéchisme pendant les heures de classe. Nous ne restons qu'un petit nombre avec la maîtresse. Nous faisons des rangements, nous lisons… je me souviens du livre "Loin du nid". Un jour, elle nous fait transporter des bûches de l'école à chez elle, avenue de la Porte de Sèvres et nous donne un carré de chocolat !

C'est aussi l'époque où on doit faire du plein-air et où on nous emmène jouer dans un square Boulevard Victor (lequel a disparu). La même Mme Martinetti me (nous ?) faisait compter les livrets… quel honneur ! Mais jamais je n'aurais eu le toupet de demander la même chose à mes élèves !

Octobre 42

Nous sommes encore ensemble en CM2. Je ne me souviens plus du nom de notre institutrice, bien que je l'ai retrouvée plus tard, quand j'ai eu mon premier poste rue Balard.

Année troublée. Maman commence à travailler et c'est sans doute à partir de là que j'ai commencé à aller beaucoup chez toi, très heureuse de jouer avec toi et d'être accueillie par ta grand-mère. L'école Balard est repliée rue St Lambert. Les deux classes de CM2 sont tassées dans une même salle. Les instits se partageaient les leçons. Les élèves formaient deux blocs impénétrables : les "Balards" ou "balais" et les "St Lambert" ou "camembert".

Désespoir les jours de dictées ! Un jour de composition de français, on nous avait demandé de donner un nom de la famille du verbe comprendre. A la récréation, beaucoup avouent avoir séché. Les plus savantes annoncent "comprenette". D'un ton péremptoire, tu corriges "comprenoire"… et moi je n'ose pas avouer "compréhension", persuadée de l'incongruité de ma réponse.

Les deux trajets (les 4 mêmes !) que nous faisons ensemble permettent de développer le thème "d'Hermine" : c'est à toi que revient l'honneur de trouver la suite des péripéties… Moi, je suis surtout bon public, n'ayant pas une imagination créatrice aussi riche que la tienne. Nous passons souvent par la rue Varet… la campagne ! Nous essayons de sauter le plus haut possible de la crête d'un mur.

C'est l'année où meure ma grand-mère, en janvier 1943. Le télégramme est arrivé à l'heure du déjeuner. Je me souviens qu'on m'a quand même envoyée à l'école. Je suis allée chez toi et je me souviens du désarroi de ta grand mère devant cette petite fille en larmes.

A la fin de l'année 1943, nous passons le DEPP (rue Violet je crois) et il y a eu une alerte pendant les épreuves. J'ai su par la suite que j'étais reçue 1ère de l'arrondissement, mais avec 1 sur 4 en orthographe. Il faut bien être fière de ses titres de gloire et reconnaître humblement ses faiblesses…

[1] Danielle Maes née Letenneur est décédée le 13 janvier 2010 à Herblay (95220) à l'age de 77 ans (Avis de décès paru sur Internet et trouvé par hasard).

Nicole, beaucoup plus tard ...

Nicole, beaucoup plus tard ...

Rédigé par Michèle LETENNEUR

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